0501 Du sacré de toute vie
Il y a quelques mois, Françoise nous demandait de prier pour les embryons. Suite à cette demande, nous avons accueilli avec beaucoup de respect la réaction de certains priants qui nous disaient leur émotion ou leur difficulté de reconnaître les embryons comme des êtres vivants.
En réponse à ces courriers et après un long temps de réflexion et de prière, je voudrais, humblement, m’exprimer personnellement sur ce sujet aussi difficile que douloureux : parler de l’embryon, du fœtus, de l’avortement … de la vie et du sacré … du sacré de toute vie.
Toute vie est sacrée car elle est don de Dieu. De la plus petite particule d’atome à l’immensité du cosmos, ainsi que chaque parcelle de notre être, tout est œuvre de Dieu. Dès la rencontre d’un spermatozoïde et d’un ovule, l’œuvre de construction de l’être commence, la vie est en marche, la vie est, …et le sacré est, car Dieu est présent en toute vie. Embryon, fœtus, bébé, enfant, jeune, adulte ou vieillard, chaque stade de cette vie, de notre vie, dès son commencement et jusqu’à son terme, est œuvre de Dieu ( Psaume 138,13 – Jérémie 1,5 – Job 10,11…. ).
Certains scientifiques affirment que la vie du tout petit ne commence qu’à un certain stade. Qu’avant ce stade, ce n’est qu’un agencement de cellules qui s’organisent et se multiplient. On annonce aussi, mais sans certitude, que cet amas de cellules n’a pas de conscience, n’a pas de sensation, ne souffre pas. Ainsi de cette démonstration, la recherche scientifique utilise les embryons humains pour ses recherches, nos sociétés déterminent le nombre de semaines de gestation jusqu’où, légalement, une femme peut avorter.
Et Dieu dans tout cela ! Nous professons chaque dimanche que le Père tout puissant est créateur de toute chose "avant tous les siècles", dès ce commencement ‘absolu’ affirmé dans la Genèse ( Gn 1,1 ) et repris, entre autres, dans le prologue de l’évangile de saint Jean (Jn 1,1-4 ). Pourquoi nous refusons-nous à croire que la première cellule fécondée dans le ventre de la femme ne serait pas la vie voulue, désirée par Dieu. Pourquoi vouloir limiter cette toute puissance d’amour de Dieu, qui se dit en toute vie, à notre conception humaine étroite et limitée ?
En quoi l’affirmation de cette vie qui s’impose réelle et en Dieu dès son début, nous dérange-t-elle ?
Ne se joue-t-il pas ici le besoin irrépressible d’exprimer notre liberté de choisir, de décider en fonction de nos propres certitudes, de notre propre "vérité", de notre propre désir à rester "maître" de notre vie.
Cette liberté que le Seigneur nous a laissé dès la Création, nous la proclamons haut et fort dès que les ‘lois’ de Dieu semblent nous emprisonner dans ce que nous percevons comme ‘contraintes'. Sans aspirer à la réelle Liberté, nous voulons être de plus en plus libres : libre de penser, d’agir, libre d’avoir ou non des enfants, libre de notre sexualité. Cette liberté entraîne certains à repousser de plus en plus loin les tabous, tous les tabous, comme celui de revendiquer la liberté sexuelle avec des enfants et de plus en plus jeunes. … et je sais votre prière pour ces enfants abusés.
En France, plus de 200 000 avortements sont pratiqués par an , "chiffre énorme et inquiétant" de l’aveu même des médecins. ( journal Zénit du 31.07.2004 ) Liberté du ‘droit à l’avortement’…
Nous qui prions pour les enfants maltraités, ne devons nous pas nous interroger sur ces petits, ceux qui sont en vie dès leur conception, ceux de la vie intra-utérine, les plus pauvres, les plus oubliés, les plus maltraités car niés dès leur conception.
Ne devons nous pas réfléchir à notre prière pour ces petits, aussi.
Ne devons-nous pas nous interroger également sur notre propre pauvreté à banaliser l’anéantissement de cette vie qui commence, tout comme nous condamnons, parallèlement, la femme qui avorte.
Les raisons sont multiples de décider d’avorter. Nous n’avons pas à juger les femmes qui avortent librement ou sous toutes sortes de pressions. Que se soit par pur égoïsme, par pauvreté matérielle, calcul de carrière, précocité d’âge, abus et violence …, chacune a ses raisons ‘personnelles’ pour faire ce geste : il y a alors tant de souffrances, tant de détresse, tant de solitude, tant de peurs, tant de perte de repères, tant de manque d’espérance ! ….
Nous devons les aider, les accompagner, et prier pour toutes ces femmes qui ne savent pas comment accueillir cette vie, qui sont trop pauvres ou trop blessées pour espérer pour et par ce petit qu’elle porte, et qui en avortant, sont victimes d’une nouvelle et inexorable blessure qui va briser leur vie.
Il faut infiniment accueillir la prière que le Seigneur, dans le souffle de l’Esprit, met dans notre cœur pour tous, enfant en devenir et mère en avenir.
Prier pour ces femmes connues et inconnues en qui naît la chose la plus sacrée qui soit, et pour ces petits que tout le monde s’empresse de tenter d’oublier.
Enfin, ne se joue-t-il pas de notre confiance en Dieu ?
Faire confiance, comme Marie qui a laissé Dieu l’envahir en s’abandonnant totalement à sa volonté et a accueilli cette vie, ce don divin, notre Sauveur.
Prier pour que ces femmes fassent totalement confiance à Dieu malgré les doutes, les angoisses. ‘Oser la confiance’ dans ce monde où la confiance apparaît, trop souvent désormais, comme une faiblesse. C’est un pari à la démesure de l’Amour fou de Dieu pour chacun d’entre nous.
Oser dire ‘oui’ à cette vie qui s ‘épanouit et croire à un avenir d’Amour et de Paix.
Oser aimer jusque là !
Prions pour que la vie soit respectée dès le tout début, et jusqu’à son terme,
prions pour ces petits oubliés et maltraités bien avant leur naissance,
prions pour leurs mères trop pauvres ou trop blessées mais aussi pour toutes les mamans qui à l’image de Marie ont accueillis en totale confiance ce don sacré de Dieu malgré toutes les difficultés et toutes les angoisses,
et remercions Notre Père pour cet Amour hors de toute mesure dont il brûle pour nous tous.
Mona - janvier 2005