Décembre 2008 - D’une prière païenne à une prière chrétienne
Décembre 2008
Afin de passer progressivement d’une prière païenne à une
prière chrétienne.
D’abord
ce message d’Albert* laissé sur internet :
Je prie très souvent pour les enfants martyrs, et je ne vous cache pas que je ne prie pas pour les personnes qui font du mal à nos enfants.
Il est trop facile de dire qu' ils ne sont pas conscients de
leurs actes
Je suis Catholique pratiquant…. Bien sûr, il faut savoir
pardonner , mais dans ce cas je ne leur trouve aucune excuse ...
Si je peux m' inscrire pour prier pour un enfant seulement ,
merci de me faire savoir la marche à suivre.
Fraternellement dans l' amour de la Sainte Famille .
Auquel le Père Bruno a
répondu :
Votre courrier est important. Il touche les sentiments de
quasiment tous ceux qui entrent dans notre chaine de prières.
- Si nous prions pour les « bourreaux », et ils le
sont, ce n‘est pas parce qu’ils sont ou ne sont pas conscients.
- Si nos prions pour eux, ce n’est pas qu’ils ont des
excuses.
Dieu seul sait leur conscience. Et sur la terre, les juges
et les psychologues approchent ces criminels comme ils le peuvent, avec leur
profession et leur déontologie.
Nous prions pour eux, parce que le Seigneur est venu pour
les malades et les pécheurs. Et ceux-ci le sont énormément.
Si nous prions pour eux, c’est pour désirer tendre à devenir
comme notre Seigneur qui verse sa bénédiction « sur les bons et les
méchants ». C’est tout le scandale de la « juste miséricorde »
de Dieu. Bien sûr, un jour viendra le jugement, et certains iront au ciel,
d’autres en enfer. En attendant notre mort, « Dieu ne veut pas la mort du
pécheur, mais qu’il se convertisse ». En priant pour ceux-ci, nous voulons
entrer dans le même esprit de Dieu. Sans quoi, notre propre salut serait
compromis, puisque nous ne voudrions pas tendre, même si mal et difficilement
aujourd’hui, à aimer « comme » Dieu aime.
Telle est la finalité de notre chaine.
- En priant pour une victime, prier comme tout humain sait
le faire.
- En priant pur un bourreau, prier comme le Christ le fait.
- Finalement, prier pour nous, afin de passer
progressivement d’une prière païenne à une prière chrétienne.
Ainsi, pour choisir de nous rejoindre, il faut entendre,
au-delà du scandale humain de notre proposition, l’appel évangélique, et non
pas prier pour 2 personnes : victimes et bourreaux, mais pour trois :
victimes, bourreaux et soi-même.
Sans quoi, un prénom de plus ne changerait rien à votre
prière déjà là, vous l’évoquez, « pour les enfants martyrs ».
En grande union dans la Miséricorde de notre Dieu et
Sauveur, Jésus-Christ. Avec la tendresse maternelle de sa Mère Marie.
Bien fraternellement. Père Bruno.
Ensuite il y a eu les courriers de
Florence* :
Nous
avons également pour mission d’implorer Notre Père, d’aider par la prière un
adulte maltraitant, et d’essayer peu à peu de le faire parvenir à prendre
conscience de ses actes cruels qu’il a commis envers un enfant ;
Cela
fait à peu près un mois que je prie pour le petit B, et je ne sais si ma prière
quotidienne fait effet sur ce petit bonhomme, grâce à l’intercession du
Saint-Esprit. Je me rends compte que je change moi-même – Je vis la célébration
de l’Eucharistie, bien qu’interdite de communion, avec une intensité que je
n’avais jamais connue, une concentration plus forte dans la méditation que je
craignais de ne jamais pouvoir atteindre – Car la distraction est facile, si
facile …
J’aimerai
savoir si mon action commence à faire évoluer Benoît vers une prise de
conscience de sa dignité d’enfant, pour moi, petit rouage, ce serait déjà
merveilleux.
Comme
je vous l’ai peut-être dit, j’ai travaillé pendant 11 années avec des enfants
en grande difficulté, voire incurables dans certains cas, dans un Institut
Médico-Educatif.
Je
sais, pour en avoir fait la triste expérience que, pour ces enfants, l’ébauche
d’un progrès dans la socialisation, dans la qualité du rapport à l’Autre, est
une grande fragilité, et qu’un week-end passé chez les parents ou l’un d’eux, a
souvent raison de toute une semaine de travail. Et en septembre, on repart
souvent à zéro.
C’est
pourquoi, je comprends que Benoît, malgré mon impatience, aie besoin de temps pour
se redresser et ne plus regarder les adultes avec crainte, d’apprendre qu’il
est aussi digne de respect et d’Amour que tout autre enfant.
Lorsque
je fais mes courses, je regarde toujours les yeux, l’expression des petits, et
par petits, j’entends déjà des enfants d’un an – que de fois ai-je non pas
rencontré le regard de ces petits, car ils ne regardent pas, et si je tente un
sourire, je le regrette aussitôt, car je vois des yeux remplis de peur et / ou
d’incompréhension. Alors je jette un regard discret aux parents qui
l’accompagnent, et je comprends tout de suite que l’enfant n’est pas élevé dans
l’Amour, loin s’en faut.
Quant
à de plus grands, ils reçoivent une gifle, et non une pichenette, pour une
peccadille, ce que j’aurais considéré pour mes propres enfants comme un jeu, ou
une recherche de découverte, quand bien même il faut rappeler à l’ordre.
C’est
sans doute à cette catégorie d’adultes pauvres qu’appartient S. dont vous
m’avez confié l’accompagnement , et j’avoue que si je prie autant et aussi
intensément pour elle que pour « B », c’est plus difficile pour moi
car je me sens moins proche d’elle que du petit. Cela prouve que j’ai encore
beaucoup de chemin à faire pour accepter dans sa plénitude d’être humain, une
personne qui a maltraité un enfant.
Merci
d’avoir créé ce mouvement pour eux tous.
Merci
aussi pour nous qui nous transformons, apprenons à mieux regarder ceux qui nous
entourent, et progressons dans le chemin que le Seigneur a tracé pour nous sur
cette terre.
Avec
ma sincère dévotion.
Florence ANGEL. 9 septembre 2008
Et le 19 septembre :
Mona,
Père Bruno, bonjour.
En
pensant à B, au cours de la journée, parmi d’autres activités, il m’est venu une prière – Oh ! Elle vaut
ce qu’elle vaut, je n’ai rien d’une poétesse.
C’est
mon âme qui s’exprime, ressentant la douleur d’un enfant maltraité. Je vous la
livre en toute humilité.
(De Père Bruno :
dans l’esprit de notre vocation, de prière, de conversion, de guérison en trois
directions -victimes, bourreaux et nous-mêmes, je me permets d’ajouter un
quatrième paragraphe à cette juste et belle prière reçue de Florence qui a
composé les trois premiers paragraphes. J’espère ne pas trahir quoi que ce
soit. Ce thème particulièrement important pour nous à UEDLP se retrouve dans
son premier courrier.)
Pour
l’enfant battu
Fragile
oiseau maltraité,
Seigneur,
nous te prions.
Pour
celui qui a battu l’enfant,
Qui
a tué l’oiseau innocent
Seigneur,
nous implorons ton pardon.
Pour
tous les enfants de ce monde fou
Qui
subissent injustice et maltraitance,
Qui
sont privés d’Amour,
Seigneur,
accorde ta pitié et ton réconfort.
Pour
nous qui, « comme les
païens »,
Prions
plus facilement pour la victime que pour le bourreau,
Quand tu es venu pour les pécheurs,
Seigneur,
révèle-nous jusqu’où va ta miséricorde.
*Les prénoms et noms ont été modifiés par discrétion