IMG_2723Les 2, puis 3, puis 4 prénoms d' "Un Enfant Dans La Prière" !

 

Voici plus de 11 ans qu'UEDLP a vu le jour. Dès le début l'évidence des deux prénoms - de l'enfant et de l'adulte - était là, dans le cœur de la petite équipe fondatrice, mais, que de chemin depuis, quel mûrissement dans nos cœurs !

~ Une œuvre gratuite, au sens de sans retour : nous ne savons rien d'autre que ce prénom à la différence d'autres associations. Je pense à cet enfant du Tibet "adopté" à distance par ma propre sœur, afin qu'aidé, il reste dans son milieu naturel. Courriers, photos, infos de sa scolarité rythme le soutien ... Pour l'enfant qui m'est confié à moi, Père Bruno, je ne peux qu'imaginer qu'elle doit avoir dans les 20 ou 25 ans. Bonne route "jeune fille" !

~ Une œuvre durable, au sens de sans fin : un militant du Secours Catholique arrête un jour, au plus tard à sa mort. Mais un engagement dans la prière ne peut que continuer au ciel. Thérèse de Lisieux continue sa mission. C'est pourquoi nous ne rayons jamais un priant passé au ciel. A ce jour, nous sommes 551, dont 29 au ciel.

 

Mais bien vite, nous avons appris que l'intuition de Dieu que nous avions porté dans notre projet, nous invitait à nommer un troisième prénom, le nôtre ! Et de fait, alors qu'il était évident de prier pour un enfant maltraité, combien il nous était moins évident de prier pour un adulte ayant maltraité un de ces petits. Notre groupe n'a jamais osé s'appeler "Un Enfant Et Un Adulte Dans La Prière", et à chaque nouveau membre qui nous contacte, nous donnons d'abord dans le premier courrier, le nom de l'enfant qui lui est confié et, ensuite, celui de l'adulte, comme s'il fallait un peu de temps pour se familiariser avec quelque chose de plus difficile ! Il y eut cette demande, unique mais oh combien symptomatique, d'une personne nous demandant juste le prénom d'un enfant. Impossible à UEDLP.

Ainsi donc, il devient évident que nous devions prier aussi pour nous-mêmes. C'est le cadeau d'UEDLP, que de nous faire sentir que nous n'aimons pas le pauvre et que, de prier pour lui, c'est pour nous un effort pas facile. Si Jésus nous a commandé de prier pour nos ennemis et ceux qui nous font souffrir, il sait ce qu'il fait et combien il nous donne de mettre ainsi, par cette prière difficile, le doigt sur la pauvreté, autre mais réelle, de notre propre cœur.

 

Est-ce là tout ? Non. Peu à peu, l'effort combiné à la grâce produit son fruit. Une paroissienne engagée en aumônerie de maison de retraite voulu confier deux prénoms à une des mamies. Elle la voyait douloureuse, ulcérée par une autre résidente qu'elle jugeait comme méchante et insupportable. Ma paroissienne ne jugeait ni la plaignante malheureuse, ni l'autre, dite méchante. Mais elle s'était dit qu'en confiant ces deux prénoms à la résidente malheureuse, peut-être que celle-ci en recevrait un fruit de grâce et de lucidité, qu'elle pourrait prendre un peu de distance avec sa propre douleur, et se dire que si elle priait pour un adulte maltraitant, elle pouvait peut-être aussi entrer en démarche de miséricorde pour cette insupportable voisine, et prier pour elle ?!

La leçon est intéressante. Notre miséricorde, notre charité va en cercles concentriques ; on aime et pardonne plus à ceux qui nous sont chers, et plus on s'éloigne de notre cœur, moins l'autre à ce crédit à notre regard, et nous avons de moins en moins de bienveillance pour ceux-là. C'est simple. Il est plus facile de prier pour l'enfant maltraité que pour l'adulte maltraitant. Mais il est plus facile de prier pour l'adulte maltraitant qui m'est lointain, inconnu, que pour l'adulte que m'agresse moi, concrètement.

Ce que Dieu nous dit de son amour, c'est que Lui, il aime le lointain comme le prochain, et le prochain comme le lointain. Il a pour chacun d'entre nous le meilleur amour qu'une mère donne à son enfant, riche, ou pauvre de blessure ou de péché. Pour être saint comme Dieu nous y appelle, il nous faudrait porter à celui qui nous agace et nous insupporte, l'amour que nous portons à notre propre enfant dans sa misère.

 

Je me rappelle cette autre paroissienne, engagée dans une aumônerie de psychiatrie. Elle était généreuse, créative, communicante, bref, elle me paraissait le beau visage de la charité de notre Église. Mais hélas, le prêtre aumônier ne semblait pas penser la même chose de cette dame et d'après elle, celui-ci, borné, imbus de son pourvoir clérical, la contredisait sur tout, lui reprochant ce que d'autres trouvaient efficace chez elle, mais qui de son autorité à lui, contrevenait à la règle de l'aumônerie dans un tel établissement. Le cœur et la loi, bref, deux points de vue irréconciliables, et une détresse sans borne chez ma paroissienne de plus en plus marginalisée. Il me fallut du temps pour lui faire toucher du doigt cette question de "son pauvre à elle". Il ne s'agissait pas des malades, mais ... de son aumônier. Je ne jugeais pas du fond, mais me mettant dans sa logique à elle, je l'invitais à distinguer sa légitime bataille si telle était sa logique, pour essayer de défendre son point de vue, et le chemin spirituel pour aimer le pauvre, là, à son point de vue, cet aumônier.

 

Je poursuivais avec elle mon explication … par rapport aux malades eux-mêmes. Ils sont bien des pauvres de notre société et de notre monde. Mais dans cette relation d'aumônerie, ma paroissienne était tout à la fois Jésus qui va les visiter, et elle était la chrétienne qui va visiter Jésus en hôpital. Ils sont Jésus pour elle et elle est Jésus pour eux. Le don est symétrique, et pour chacun. Je reçois Jésus et je porte Jésus. Mais ceci dit, et oh combien important, je continuais. « Eux, ils sont tes pauvres réels, mais apparents. Les servir selon ton cœur, selon ta conscience, selon l'Evangile, c'est généreux, mais c'est aussi beau, bon, gratifiant, valorisant, et finalement, ils sont même souvent, sympas, et aussi victimes eux-mêmes de bien des choses, et de les aider te fait du bien.

Tout ça c'est juste et bon, mais ... ils ne sont pas "ton pauvre", celui qui te brime, t'écrase, te gène, t'agace, t'insupporte ... celui là, à aider, ou pour qui prier si on ne peut même pas l'aider, c'est cet aumônier. C'est lui ton pauvre, et en voici le signe, la preuve : c'est que pour lui, tu as infiniment plus de mal à prier. Pour tes malades, ça va de soi, mais pour lui, ce clerc qui, fort de sa bonne conscience, agit comme un aveugle et fait le contraire de ce que le bon sens chrétien attendrait d'un aumônier, là, ça dépasse la mesure, l'entendement, le possible. »

Le voici ce "quatrième prénom" de la chaine de miséricorde.

Etre "Petite flamme de Miséricorde",

     - pour un enfant maltraité, lointain

- pour un adulte maltraitant, lointain,

     - pour moi, au cœur dur, je le vois alors que j'ai moins d'entrain

       à aimer le pauvre adulte maltraitant, à prier pour lui,

- et finalement, pour ce prochain que je découvre, bien connu de moi

seul, encore plus difficile à porter dans ma prière.

Les trois premiers prénoms, nous les connaissons, nous vous en avons confié deux, et le troisième, c'est le votre. Le quatrième ... à vous de le chercher, devant Dieu, de le regarder, et de commencer à prier pour lui, pour elle ! Qui est-il ? Mon curé ? Ma belle-mère ? Mon patron ? Ma collègue ? Mon voisin ? ...

Et peut-être pourriez-vous vous demander de qui vous êtes, vous-même, le pauvre. A l’occasion de ce temps de Carême, pourriez-vous aller à sa rencontre… et renouer, avec lui, un contact fraternel…

Bon carême, bon examen de conscience, bonne prière.

                                                          Père Bruno