IMG_0564Une maltraitance bien spéciale, la calomnie

 

Un sujet difficile : le contexte d’abord grâce à Père Bruno :

Chacun peut un jour se retrouver victime de rumeurs ; que l’on soit auparavant innocent, victime ou même coupable, on peut tous être salis. Un innocent devient victime. Une victime est traitée en coupable. Mais il est aussi illégitime qu’un coupable se voit charger en plus, en trop. Mais aussi, nous pouvons tous salir un frère par nos paroles, ou insinuation, ou par un simple silence complice !

Au pénitent qui s’accusait de médisance, un confesseur donna deux pénitences à accomplir. Pour la première, il l’envoya d’abord monter sur une colline pour y plumer une poule et l’invita à revenir le voir pour la seconde. Le pénitent surpris s’exécutât et revient. Le confesseur lui demanda pour la seconde pénitence, de remonter et de ramasser toutes les plumes. Le pénitent désolé dit qu’avec le vent du sommet, elles étaient sûrement dispersées, et qu’il ne saurait les retrouver. Le confesseur conclu : Ainsi vos paroles sur votre frère. Elles volent. N’oubliez jamais que si Dieu pardonne, votre frère lui, en souffrira encore pendant des années !

 

Que faire quand on me rapporte une rumeur, du mal qu’aurait fait un frère … d’abord, il faut bien distinguer entre médisance et calomnie.

~ Une « rumeur de médisance », c’est divulguer une mauvaise action vraiment commise par une personne.

~ Une « rumeur de calomnie », c’est propager sur quelqu’un une mauvaise action inventée, inexistante.

La calomnie est bien plus grave. Mais la médisance, qui propage sans but de construire, du vrai-négatif est déjà une mauvaise action.

Alors, si je ne sais pas en fait s’il y a médisance ou calomnie, si la personne dont on parle a vraiment fait tel mal ou bien, si elle est innocente et injustement accusée, que faire ?

Je peux commencer par proposer les « trois filtres », et demander successivement :

Ce que vous rapportez de tel frère ou sœur :

- Est-ce sûr et certain ? Ou bien rapporté par des tiers à l’infini …

- Est-ce positif ou négatif ?

- Est-ce utile que je sache ? 

S’il y a « non, non et non », alors, je ne veux pas entendre.

Par contre, si j’accepte d’écouter complaisamment, alors, je deviens responsable de ce que j’ai accepté d’écouter !

~ S’il est très probable que tel frère ou sœur a commis une mauvaise action, c’est une rumeur de médisance. Quelle est ma réaction ?

Je ne suis pas obligé de la rapporter à mon tour à une nouvelle personne, bien au contraire.

Je demande à celui qui m’a parlé, d’apporter ou de chercher des preuves.

Surtout, je vais voir la personne dont on parle pour l’informer et, au besoin, fraternellement comme Saint-Paul nous le demande, lui poser des questions et si elle a vraiment péché, l’inviter à la conversion.

Enfin, je suis aussi à ma façon un pécheur, je prie humblement et fraternellement pour elle afin qu’elle se convertisse.

~ S’il me parait qu’il s’agit probablement d’une calomnie. Je prie pour celui qui me la rapporte ; par sa calomnie, il a probablement fait un grave tort à une sœur ou un frère innocent. Et je prie pour la personne qui est évoquée. Elle a besoin de ma prière. Innocente et victime, souvent inconsciente de la rumeur qui tourne sur elle, je peux même aller rencontrer cette personne, pour l’informer et l’assurer de ma solidarité.

Quelques faits bien signifiants que Mona a rencontrés :

~ Je me souviens de ce jeune de Cinquième, appelons-le Kévin. Un élève comme les autres, qu’est-il devenu, je ne sais pas. Je prie souvent pour lui. Ce n’était pas un enfant maltraité comme ceux que notre cœur couvre de sa tendresse. Des parents charmants au mariage sans reproches, une situation plus que correcte socialement. Alors pourquoi parler de Kévin ? Parce que Kévin a été maltraité par la rumeur, la calomnie au point qu’il a voulu arrêter sa vie à 12 ans. Un de ses camarades d’abord, et d’autres ensuite, trop contents de faire mal, ont lancé puis amplifié une rumeur absurde, abjecte, déclarant que Kévin était « un bâtard ». Devant cette vague de méchanceté terrible, d’autres ont suivi, trop contents de colporter l’infamie, excusant leur participation à grands coups de « pourquoi pas », «  quelqu’un m’a dit ». Kévin, préadolescent plein de vie, s’est alors muré dans la solitude et le silence, ses notes ont chuté, il a douté de sa mère, de son père. La rumeur, la calomnie l’ont presque tué, lui et sa famille.

~ Je me souviens aussi de Léa, ou était-ce Marine, 11ans, victime d’attouchements ou de viol qui s’est retrouvée soudain accusée par la calomnie être la source de son martyr : « cette jeune fille s’habillait trop court vêtu, vous comprenez …. Pas étonnant qu’elle ait des ennuis, elle n’a eu ce qu’elle méritait … » Mais que dire de l’innocence bafouée. Non pas celle du corps à jamais perdu mais celle du cœur, de l’âme. Si seulement la victime était coupable, si seulement elle avait commis la faute dont on l’accuse elle aurait pu comprendre les accusations, elle aurait pu demander pardon pour sa faute. Mais la victime qui n’a rien à se reprocher que peut-elle faire, si ce n’est souffrir encore plus de la calomnie et la méchanceté de ceux jugent.

 

~ Je me souviens encore d’Agathe, mais peut-être portait-elle un autre prénom. 15 ans, une fille sans histoire jusqu’au moment où son amitié avec Axel, ou est-ce Gaëtan, est devenue suspecte. Il n’y avait rien d’autre entre eux qu’une amitié, une belle et grande amitié, chaste et lumineuse, pleins de sourires et de connivence. Rien d’autre. Mais une amitié de ce type entre un garçon et une fille, cela cache certainement autre chose, vous ne trouvez pas ? Alors sous le regard complice des habitants du quartier, trop heureux de pouvoir déverser leur fiel, Agathe est devenue « la trainée ». Les gens qui l’a connaissaient, hormis deux ou trois, ne l’ont plus saluée et ont continué à dérouler la liste haineuse et puante de leurs accusations mensongères, des mots dits injustement, des allusions lancées à la cantonade, des regards moqueurs ou sentencieux, des surnoms chuchotés confortés par l’adage : « il n’y a pas de fumée sans feu … ». Le jour où ils ont appris l’infamante accusation, tous deux ont été terrassés par la douleur, par l’incompréhension. Pourquoi tant de méchanceté ? Agathe a depuis quitté le quartier, mais a continué à être l’amie d’Axel, leur amitié plus forte encore car ayant survécu à la vague de boue qui avaient failli les noyer. Ils ont même pardonné à leurs délateurs : face à tant de bêtise on ne peut que pardonner. Agathe sait que sa réputation est à jamais perdue aux yeux de certains trop étroits d’esprit, trop pêcheurs, et ce bien au-delà du quartier, la rumeur propageant fort loin son venin nauséabond.

 

Qui d’entre nous n’a pas jugé sur des éléments subjectifs … Qui d’entre nous n’a pas été amené un jour à être témoin, voire acteur, d’un jugement bafouant l’innocence sur des « a priori », des « on-dit ». Un vieux prêtre m’a dit une fois que ce dont on accuse quelqu’un révèle en fait notre propre petitesse.

 

Pour finir mon propos je me permets de retranscrire la fin d’une « Lettre de Taizé » de juin 2003 :

« En donnant sa vie jusqu’au bout, Jésus partage le sort de toutes les victimes innocentes et assure ainsi que leur peine n’a pas été vaine. Il porte leurs souffrances

à l’intérieur de sa propre relation avec celui qu’il appelle Abba, Père, et, puisque le Père l’écoute toujours (voir Jean 11,42), nous avons la garantie que cette souffrance n’est pas perdue. Elle entraîne la disparition de l’ancien ordre mondial marqué par l’injustice, et l’apparition « de nouveaux cieux et d’une nouvelle terre, où la justice habitera » (2 Pierre 3,13). […] Loin de tolérer ne fût-ce qu’un seul instant la souffrance des innocents, dans son Fils unique, Dieu boit avec eux cette coupe amère jusqu’à la lie et, ce faisant, la transforme en coupe de bénédiction pour tous. »


Notre prière enfin ancrée dans la Bible :

 «  Et il leur dit: "Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l'homme ne peut le souiller, parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s'en va aux lieux d'aisance" (ainsi il déclarait purs tous les aliments). Il disait: "Ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. Car c'est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers: débauches, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison. Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l'homme. »  Marc 7, 18-22

 

« Le diable, votre père, était homicide dès le commencement et n'était pas établi dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui : quand il profère le mensonge, il parle de son propre fond, parce qu'il est menteur et père du mensonge.

Mais parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas.

Qui d'entre vous me convaincra de péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas? Qui est de Dieu entend les paroles de Dieu ; si vous n'entendez pas, c'est que vous n'êtes pas de Dieu. »  Jean 8, 42-51

 

Alors prions le Christ Jésus, l’Innocent, de nous éclairer dans nos jugements, de nous épargner de céder à cette tentation mortifère de la calomnie.

Prions le Christ Jésus pour tous les calomniateurs, les propagateurs de propos médisants, afin que leurs cœurs s’ouvrent enfin à la seule Vérité.

Prions enfin le Christ Jésus pour toutes les victimes de la médisance et de la calomnie, que leurs cœurs s’ouvrent à la Miséricorde pour ce qui les ont trainés dans la boue et qu’ils puissent un jour les aimer et leur pardonner.

Père Bruno - Mona. 18 décembre 2009