IMG_6034PRIER POUR LE PAUVRE


Un courrier envoyé en mai dernier par Danièle m’a interpelée.

Elle écrit : « Aujourd’hui je voudrais vous parler d’une notion qui m’irrite au plus haut point depuis le début : celle de « pauvre » adulte qui a fait souffrir.

  1. J’associe cela au jugement de « pauvre type » = minable, moins que rien. Je n’ai pas envie de prier pour un pauvre type ( ou une pauvre femme ) dont on ne tirera jamais rien parce qu’il a commis un acte trop horrible. Je veux prier Dieu,      Sainte Trinité, et Marie mère des hommes, pour un être humain qui est      prisonnier du Mal et qui a besoin de vivre son chemin de Damas.
  2. Si lui est pauvre, moi qui suis-je ? Pauvre mais pas autant que lui. Riche, certainement, mais comment partager ma richesse avec lui. Je ne pense pas que sa pauvreté soit celle du pauvre pécheur. Il ne se sait pas pécheur. Et si lui pauvre est digne du pardon de Dieu, moi qui ne suis qu’un pauvre pécheur ( pécheresse a un autre sens ), mon péché étant nettement moindre que le sien, je n’ai pas d’effort à faire.

Alors que plus on découvre la miséricorde de Dieu, plus on découvre comme on est loin de Lui. Mais ,baptisé(e) et réconcilié(e), nourri(e) de sa Vie, je suis déjà dans la Vie éternelle.

C’est difficile à expliquer, mais il est plus facile pour moi de prier pour l’enfant et chaque adulte maltraitant si je prie, en sautant le mot "pauvre" pour un adulte qui a gravement blessé un ( ou des ) enfant(s). »


Tout d’abord, merci Danièle pour ce courrier.

Que puis-je répondre ?

  •   Quand a été créé l’UEDLP, le mot pauvreté pour l’adulte a été une évidence : pauvre pour l’enfant et pauvre aussi pour lui-même, pauvre de l’amour que chacun nous portons, ou devrions porter, puisque tous créés à l’image de Dieu, pauvre de miséricorde, pauvre de justice, pauvre de tendresse, pauvre de compassion.

En aucun cas, l’adulte maltraitant n’est un « pauvre type », un minable, un rebut de la société, un paria. Non. C’est un homme ou une femme comme vous et moi, un frère ou une sœur en Christ. Aimé comme nous, tout autant, par Dieu dans son Amour incommensurable.

  • Oui, il a commis un acte horrible, insupportable. Il n’y a pas de mots pour exprimer le drame de ces enfants. Et combien même le crime est affreux, combien l’Amour et la Miséricorde de Dieu dépassent tout ce que nous pouvons en imaginer. Que dire de cet Amour fou de Dieu pour nous, allant jusqu’à offrir son propre Fils en sacrifice. Le Cœur du Père et le Cœur du Fils souffrant à l’unisson de nos péchés, du péché de cet adulte, de notre péché.
  •  Oui cet adulte est pauvre, comme nous sommes pauvres. Pauvre d’aimer, pauvre d’espérer, pauvre de pardonner, pauvre de Miséricorde. Notre seule richesse ne nous appartient pas. Elle est le don précieux de Dieu qui demeure avec nous, en nous par l’Eucharistie.
  •  « pauvre pas autant que lui ». J’ose dire : ײoui, je suis pauvre, autant que lui ײ. Bien-sûr je n’ai pas maltraité un enfant, mais combien de fois  ai-je maltraité l’Enfant, la  Promesse pour notre salut. Combien de fois ma dureté, mon orgueil, mes mensonges, mes calculs, mes regards, mes jugements envers les autres ou envers moi-même n’ont – ils pas torturé son Cœur d’Enfant à la Crèche, son Cœur d’Enfant sur la Croix.

Mes propos peuvent paraitre excessifs à certains.  Alors prenons un autre exemple : qui de Pierre reniant Jésus, son ami, son compagnon, ou du  ײbon ײ larron est le plus pauvre ? Quels sont les crimes qui ont amené cet homme à subir la mort par la croix ? Hormis les personnes qui représentaient un risque pour l’Empire Romain, seuls les assassins de grand chemin étaient condamnés à la « peine de la croix » [1]. Ainsi donc le bon larron était peut-être, certainement, un assassin de grand chemin. Et pourtant, Jésus agonisant sur le bois de le croix, lui reconnaît l’honneur d’être à ses côtés au ciel, parce que le pauvre a reconnu en lui le Messie. Et pendant ce temps là, Pierre est celui qui a renié le Sauveur.  Qui des 2 est le plus pauvre : l’ami qui trahit, alors qu’il est riche du compagnonnage de Jésus ou le larron, pauvre de ses crimes, qui accueille la richesse du regard aimant du Christ ?  Face à Dieu nous sommes tous pauvres, pauvres d’aimer. Dieu nous aime, quelque soit le jugement que nous portons sur notre péché, et il ne veut que notre cœur pour y répandre l’Amour.

  •  Oui l’adulte est prisonnier du Mal, du Mauvais. Et par notre prière il s’agit bien de participer, à notre mesure, au combat de la Lumière contre des ténèbres qui tentent, même vaincues par la Croix, de recouvrir la terre. C’est pour cela aussi que chaque priant de l’UEDLP est une ײ petite flamme ײ de la Miséricorde Divine dans la nuit du péché et du mal. Notre humble, notre insignifiante prière, participe à ce combat mené au Saint Nom de Jésus pour la seule Gloire de Dieu.
  •  Il ne faut pas non plus regarder l’adulte maltraitant comme quelqu’un qui ne se sait pas pécheur. Hormis quelques exceptions liés à la maladie psychiatrique,  nombreux sont les maltraitants qui  savent qu’ils font mal.

Ainsi le silence imposé aux victimes de maltraitances sexuelles : il est fréquent que l’adulte dise à l’enfant de ne rien raconter ( sinon il va le tuer, ou bien se suicider, ou la famille va exploser … ). La notion de bien et de mal est souvent très pointue chez les pédophiles qui s’attaquent à des enfants de plus en plus jeunes. Ils savent que le viol des très jeunes est un anéantissement de la pureté par le mal.

Quand le Christ demande au Père de pardonner à ceux qui le maltraitent, il sait que ceux-ci mesurent la violence de leurs gestes mais, qu’aveuglés par leur colère, ils ignorent, qu’au travers du Fils, c’est le Cœur brûlant d’Amour du Père qui est maltraité.

  •  Et oui, quand Dieu vient frapper à notre cœur cela provoque souvent des remous. Plus l’Esprit nous donne d’avancer dans la compréhension de la Miséricorde Infinie de Dieu, plus nous nous sentons loin de lui. Plus notre petitesse se révèle à nous, plus nous appréhendons, bien modestement, ce puits d’Amour du Cœur de Dieu et du Christ Sauveur.
  • Pour finir ce long propos, je voudrais vous proposer de prier et de méditer ces deux strophes d’un poème de Sainte Thérèse de Lisieux :

Moi si j'avais commis tous les crimes possibles,
Je garderai toujours la même confiance,
Car je sais bien que cette multitudes d'offenses,
N'est qu'une goutte d'eau dans un brasier ardent [...]
Non, tu n'as pas trouvé créature sans tache,
Au milieu des éclairs tu nous donnas ta loi,
Et dans ton cœur sacré, ô Jésus je me cache
Non je ne tremble pas, car ma vertu, c'est toi.

Et que le Seigneur continue à tous nous modeler, nous éclairer, pour que, par notre participation à cette prière de l’UEDLP, nous devenions un peu plus chaque jour de modestes ײ petites flammes de Sa Miséricorde ײ. 

Mona


[1] In Digeste du jurisconsulte CALISTRATE sous l’empereur Septime-Sévère ( 193-211 )